{"id":160,"date":"2015-12-02T20:29:59","date_gmt":"2015-12-02T20:29:59","guid":{"rendered":"http:\/\/europacognita.com\/?p=160"},"modified":"2015-12-02T20:29:59","modified_gmt":"2015-12-02T20:29:59","slug":"le-danube-en-colere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/europacognita.com\/?p=160","title":{"rendered":"Le Danube en col\u00e8re ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Belgrade et Semlin sont en <strong>guerre<\/strong>.<br>Dans son lit, paisible <strong>nagu\u00e8re<\/strong>,<br>Le vieillard Danube leur <strong>p\u00e8re<\/strong><br>S&#8217;\u00e9veille au bruit de leur canon.<br>Il doute s&#8217;il r\u00eave, il <strong>tr\u00e9saille<\/strong>,<br>Puis entend gronder la <strong>bataille<\/strong>,<br>Et frappe dans ses mains d&#8217;<strong>\u00e9caille<\/strong>,<br>Et les appelle par leur nom.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Allons, la turque et la chr\u00e9tienne !<br>Semlin ! Belgrade ! qu&#8217;avez-vous ?<br>On ne peut, le ciel me soutienne !<br>Dormir un si\u00e8cle, sans que vienne<br>Vous \u00e9veiller d&#8217;un bruit jaloux<br>Belgrade ou Semlin en courroux !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Hiver, \u00e9t\u00e9, printemps, automne,<br>Toujours votre canon qui tonne !<br>Berc\u00e9 du courant monotone,<br>Je sommeillais dans mes roseaux ;<br>Et, comme des louves marines<br>Jettent l&#8217;onde de leurs narines,<br>Voil\u00e0 vos longues couleuvrines<br>Qui soufflent du feu sur mes eaux !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce sont des sorci\u00e8res oisives<br>Qui vous mirent, pour rire un jour,<br>Face \u00e0 face sur mes deux rives,<br>Comme au m\u00eame plat deux convives,<br>Comme au front de la m\u00eame tour<br>Une aire d&#8217;aigle, un nid d&#8217;autour.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Quoi ! ne pouvez-vous vivre ensemble,<br>Mes filles ? Faut-il que je tremble<br>Du destin qui ne vous rassemble<br>Que pour vous ha\u00efr de plus pr\u00e8s,<br>Quand vous pourriez, s\u0153urs pacifiques,<br>Mirer dans mes eaux magnifiques,<br>Semlin, tes noirs clochers gothiques,<br>Belgrade, tes blancs minarets ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mon flot, qui dans l&#8217;oc\u00e9an tombe,<br>Vous s\u00e9pare en vain, large et clair ;<br>Du haut du ch\u00e2teau qui surplombe<br>Vous vous unissez, et la bombe,<br>Entre vous courbant son \u00e9clair,<br>Vous trace un pont de feu dans l&#8217;air.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Tr\u00eave ! taisez-vous, les deux villes !<br>Je m&#8217;ennuie aux guerres civiles.<br>Nous sommes vieux, soyons tranquilles.<br>Dormons \u00e0 l&#8217;ombre des bouleaux.<br>Tr\u00eave \u00e0 ces d\u00e9bats de familles !<br>H\u00e9 ! sans le bruit de vos bastilles,<br>N&#8217;ai-je donc point assez, mes filles,<br>De l&#8217;assourdissement des flots ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Une croix, un croissant fragile,<br>Changent en enfer ce beau lieu.<br>Vous \u00e9changez la bombe agile<br>Pour le Coran et l&#8217;\u00e9vangile ?<br>C&#8217;est perdre le bruit et le feu :<br>Je le sais, moi qui fus un dieu !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vos dieux m&#8217;ont chass\u00e9 de leur sph\u00e8re<br>Et d\u00e9grad\u00e9, c&#8217;est leur affaire :<br>L&#8217;ombre est le bien que je pr\u00e9f\u00e8re,<br>Pourvu qu&#8217;ils gardent leurs palais,<br>Et ne viennent pas sur mes plages<br>D\u00e9raciner mes verts feuillages,<br>Et m&#8217;\u00e9craser mes coquillages<br>Sous leurs bombes et leurs boulets !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab De leurs abominables cultes<br>Ces interventions sont le fruit.<br>De mon temps point de ces tumultes.<br>Si la pierre des catapultes<br>Battait les cit\u00e9s jour et nuit,<br>C&#8217;\u00e9tait sans fum\u00e9e et sans bruit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Voyez Ulm, votre s\u0153ur jumelle :<br>Tenez-vous en repos comme elle.<br>Que le fil des rois se d\u00e9m\u00eale,<br>Tournez vos fuseaux, et riez.<br>Voyez Bude, votre voisine ;<br>Voyez Dristra la sarrasine !<br>Que dirait l&#8217;Etna, si Messine<br>Faisait tout ce bruit \u00e0 ses pieds ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Semlin est la plus querelleuse :<br>Elle a toujours les premiers torts.<br>Croyez-vous que mon eau houleuse,<br>Suivant sa pente rocailleuse,<br>N&#8217;ait rien \u00e0 faire entre ses bords<br>Qu&#8217;\u00e0 porter \u00e0 l&#8217;Euxin vos morts ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vos mortiers ont tant de fum\u00e9e<br>Qu&#8217;il fait nuit dans ma grotte aim\u00e9e,<br>D&#8217;\u00e9clats d&#8217;obus toujours sem\u00e9e !<br>Du jour j&#8217;ai perdu le tableau ;<br>Le soir, la vapeur de leur bouche<br>Me couvre d&#8217;une ombre farouche,<br>Quand je cherche \u00e0 voir de ma couche<br>Les \u00e9toiles \u00e0 travers l&#8217;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab S\u0153urs, \u00e0 vous cribler de blessures<br>Esp\u00e9rez-vous un grand renom ?<br>Vos palais deviendront masures.<br>Ah ! qu&#8217;en vos noires embrasures<br>La guerre se taise, ou sinon<br>J&#8217;\u00e9teindrai, moi, votre canon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Car je suis le Danube immense.<br>Malheur \u00e0 vous, si je commence !<br>Je vous souffre ici par cl\u00e9mence,<br>Si je voulais, de leur prison,<br>Mes flots l\u00e2ch\u00e9s dans les campagnes,<br>Emportant vous et vos compagnes,<br>Comme une cha\u00eene de montagnes<br>Se l\u00e8veraient \u00e0 l&#8217;horizon ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, on peut parler de la sorte<br>Quand c&#8217;est au canon qu&#8217;on r\u00e9pond,<br>Quand des rois on baigne la porte,<br>Lorsqu&#8217;on est Danube, et qu&#8217;on porte,<br>Comme l&#8217;Euxin et l&#8217;Hellespont,<br>De grands vaisseaux au triple pont ;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu&#8217;on ronge cent ponts de pierre,<br>Qu&#8217;on traverse les huit Bavi\u00e8res,<br>Qu&#8217;on re\u00e7oit soixante rivi\u00e8res<br>Et qu&#8217;on les d\u00e9vore en fuyant ;<br>Qu&#8217;on a, comme une mer, sa houle ;<br>Quand sur le globe on se d\u00e9roule<br>Comme un serpent, et quand on coule<br>De l&#8217;occident \u00e0 l&#8217;orient !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Victor Hugo, 1828<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Belgrade et Semlin sont en guerre.Dans son lit, paisible nagu\u00e8re,Le vieillard Danube leur p\u00e8reS&#8217;\u00e9veille au bruit de leur canon.Il doute s&#8217;il r\u00eave, il tr\u00e9saille,Puis entend gronder la bataille,Et frappe dans ses mains d&#8217;\u00e9caille,Et les appelle par leur nom. \u00ab Allons, la turque et la chr\u00e9tienne !Semlin ! 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